samedi 3 octobre 2015

Chronique : Winter - Into Darkness (1990)



1990. New York City. Death/Doom Metal. 

Un genre qui évoque habituellement les vieux albums de Paradise Lost, Katatonia, My Dying Bride ou encore diSEMBOWELMENT. Tout le monde ou presque a oublié Winter. Est-ce du fait de la provenance du groupe ? Pourtant, c'est l'un des tous premiers du style et tous les metalheads qui connaissent cet album l'adorent. 

Tout débute avec une introduction durant près de 6 minutes, nous mettant dans une certaine ambiance sombre et malsaine. Les riffs et la voix arrivent d'un coup avec donc le deuxième titre de l'album, "Servants of the Warsmen". Guitares accordées très bas, si bas que c'en est vraiment surprenant. Le morceau est somme toute bien rythmé, on n'est en effet pas dans le Funeral Doom non plus. On pense presque à la démarche d'un groupe comme Hooded Menace, formé en Finlande 17 ans plus tard... D'ailleurs, on peut estimer que cet album a eu une certaine influence sur tout le mouvement Death/Doom.

D'où Winter tire-t'il ses influences? On peut aisément ressentir la patte d'un Celtic Frost (notamment celui de To Mega Therion). J'aime beaucoup le son de cet album. Les growls sont presque exagérément mis en avant, la batterie a un son plus que parfait pour l'époque et la guitare est quelque peu en retrait, et là est à mon avis tout le charme de cette galette. 

On enchaîne avec "Goden", titre plus lent, plus doom que le précédent. Certes, on headbangue moins, mais impossible pour ma part d'être ennuyé par cette ambiance si intense. Après l'interlude, toujours aussi lourde et malsaine, "Power and Might", arrive l'énormissime "Destiny", morceau de 8 minutes. Le tempo est à présent plus rapide, on est face à un death metal extrêmement sombre et dont la guitare est tellement sous-sonorisée et couverte par la basse qu'on essaye de se concentrer pour y déceler les riffs...et cela ne fait que nous plonger encore plus dans l'intensité de la musique de Winter.
Avec "Eternal Frost", nous retournons dans la lenteur et la lourdeur froide et malsaine. Vers le milieu du morceau, des courtes bandes de voix claires inquiétantes laissent place à un riff très Black Sabbath-ien.

Le dernier morceau, éponyme, de cet album très particulier enfonce le clou. La majeure partie du morceau est très lente, mais la dernière partie est tellement majestueuse lorsque le tempo s'accélère. Survivra-t-on à cette expérience si particulière "into darkness" ? Eh bien les trois quarts d'heure de musique de cet album passent comme une lettre à la poste, on n'a clairement pas vu le temps passer.

On peut légitimement placer Winter comme l'un des fondateurs du death-doom metal et l'auteur du premier excellent album du genre, car je considère en effet que les premières autres sorties du genre (les premières démos et EP de Paradise Lost avant le très bon Gothic de 1991, où la première démo de diSEMBOWELMENT avant les très bons Dusk de 1992 et Trasncendence into the Peripheral de 1993) sont un cran en-dessous de ce Into Darkness. Avant celui-ci, seul The Spooky Gloom des hollandais de Sempiternal Deathreign se rapproche de cette qualité.

Winter splittera en 1992 et s'est reformé depuis 2010, avec le line-up de cet album, mais n'a pas encore sorti de nouveaux enregistrements. Le guitariste Stephen Flam est aujourd'hui dans Serpentine Path, groupe de death-doom également, mais intégrant d'autres influences, notamment le sludge. 



Hepha

jeudi 1 octobre 2015

Chronique : Fluisteraars - Luwte (Eisenwald - 2015)


Difficile pour une formation anonyme de tirer son épingle du jeu lors d’une année remplie de sorties toutes plus excellentes les unes que les autres. Pourtant, les chuchoteurs de Fluisteraars arrivèrent néanmoins à faire parler d’eux en 2014 : en témoignent de nombreuses critiques favorables qu’on peut retrouver sur la toile, toutes convaincues par les répétitions hypnotiques du Black Metal de ces fiers Hollandais.

Quelques mois après la sortie de « Dromers » (« rêveurs »), c’est la surprise : Fluisteraars  a déjà fini d’enregistrer un successeur, ce dernier étant juste en attente de mixage. C’est le 25 septembre 2015 que sort « Luwte », encore une fois chez Eisenwald, petite maison de disque ayant toutefois vu défiler nombre de groupes de Black Metal aux orientations variées, des marécages de Fen à la dépression d’Austere, en passant par les forêts  mystiques d’Agalloch.

« Luwte » : une place à l’abri du vent. Un espace de réflexion et d’expression pourtant chamboulé de l’intérieur par les bourrasques violentes, haineuses et désemparées d’un trio semblant au bord du gouffre. Car si le Black Metal des chuchoteurs fait bien partie d’une mouvance axée sur la mélodie et une lisibilité accrue du résultat final, les riffs pour le moins frénétiques ne font aucun doute : la musique du trio est dominée par la nervosité et les tempêtes personnelles. De ce riffing on retiendra une part de Drudkh, néanmoins en plus racé et moins statique, ancré dans cette envie cathartique du trio d’extérioriser la détresse et la tristesse qui les occupent. « Tout ce qui rien ne contient », « Le dernier répit », « La peur de l’angoisse », autant de titres révélateurs d’un profond mal-être accaparant les esprits des Hollandais, répétant les trémolos mélodiques et tristounets comme un mantra qui les libérerait d’une anxiété maladive ; cette fois-ci sans par contre devenir trop redondant, même lorsqu’un riff se réitère inlassablement pendant 1 ou 2 minutes (« Stille Wateren », « Alles Wat Niets Omvat »), faisant écho à d’autres formations ayant réussi aussi le pari des répétitions hypnotiques.

Mais Fluisteraars serait un peu moins Fluisteraars sans ses mélancoliques interludes et passages atmosphériques, véritables régals pour les amateurs d’un Black Metal très introspectif. Si « Dromers » souffrait parfois de certaines longueurs lors de ces passages (notamment « De Doornen »), « Luwte » corrige le tir et présente une version soignée, plus prenante de ce qui aurait pu se trouver auparavant chez les Hollandais : une fin de piste acoustique accompagnée cette fois-ci par un feedback sale et presque Drone, une interlude mélodique joliment appuyée par cette basse discrète mais indispensable, une autre accompagnée d’une guitare acoustique ; Fluisteraars varie la construction sonique de son monument à l’angoisse avec soin et classe, sans éprouver le besoin inutile de trop faire pour paraître original à tout prix. Ce qui au final est un peu à l’image de la prestation vocale du chanteur : efficace, discrète et presque anonyme, laissant les riffs et ambiances parler d’eux-mêmes afin d’accompagner l’auditeur dans cet espace tumultueux, abrité du vent mais à la merci de ses propres démons.

Thématiquement et musicalement restant dans la même veine que « Dromers », « Luwte » parvient néanmoins à surpasser son prédécesseur sans problèmes aucuns, le groupe ayant compris que seules des répétitions lancinantes ne pouvaient pas suffisamment rassasier les amateurs du premier opus pendant 44 minutes, soit 9 en plus que sur « Dromers ». Plus varié, plus convaincant, mieux produit, « Luwte » est l’exemple même d’un (Post-)Black Metal Atmosphérique terriblement efficace, hypnotique, à la fois extrêmement beau et glaçant.

Lapin


dimanche 27 septembre 2015

Live-report : Barabbas + Child of Waste + Above Us



Que faire un vendredi soir quand on sort du travail et qu'on a rien à faire de sa soirée ? Prendre sa voiture, rouler quasiment une heure (bouchons compris) pour se retrouver en pleine campagne (Moissy-Cramayel... et non ce n'est pas une ville de Pokémon !) afin d'aller voir 3 groupes qu'on ne connait quasiment pas.

Et oui, vu que je connais l'un des guitaristes d'Above Us (groupe mélangeant du -core mais aussi du prog et.. plein de trucs en fait), je me suis dis "pourquoi pas, ça me fera une petite soirée tranquille". Du coup, me voilà dans un coin paumé du 77, dans la salle "Les 18 Marches" qui, à vue d’œil, ne paye pas de mine mais qui se trouve être l'une des plus belles surprises que j'ai eu en termes de lieu de concerts.

Charismatique, se situant au premier étage d'un bâtiment (qui lui même se situe dans une petite cour), la salle propose une petite scène (à la même hauteur ou presque que le public) où l'on peut aisément mettre un groupe de 5 membres, avec en plus de beaux spots de lumières. Notez également un bar où le demi est à 2.50€, les softs à 1€, où l'on vous vend également du cidre et du jus de pomme artisanale (très bon au passage) et où les cacahuètes sont offertes. C'est pas sur Paris qu'on aurait le droit à tout ça !

L'affiche pourrait paraître osée : un groupe de -core prog (et plein d'autres trucs), un groupe de Deathcore plus classique et un groupe de Doom. Du coup je me retrouve avec un public moyennement nombreux, composé d'un côté de fans de Deathcore, de l'autres de vieux fans de Black Sabbath. 

Above Us ouvre les hostilités. C'est clairement pour eux que je me suis déplacé vu que mon ami joue dans ce groupe. Et si leur style, de manière générale, n'est pas tellement ma came à la base, j'ai vraiment apprécié leur show. Il y a clairement des parties que je n'appréciais pas trop (le côté Deathcore) mais, au contraire, d'autres que j'ai énormément aimé : des passages limite Death et d'autres complètement prog saupoudré d'un peu de Hardcore des familles... Un joyeux bordel ! En particulier un titre comme "Gehenna" (titre venant du premier EP qui sortira vers Janvier en physique) qui m'a clairement mis une grosse grosse mandale dans la gueule ou encore "Burn", seul titre que je connaissais (en écoute sur youtube, je mettrais le lien en fin de report) qui passe très bien le cap du live. Notons un chanteur bien dynamique, sautant partout et mettant le feu devant un public passif mais qui apprécie néanmoins le show. Les parties un peu plus prog sont très agréables et plutôt douces, nous permettant de planer entre deux gros riffs. Je fus également impressionné par la voix du guitariste (voix secondaire), très puissante, écorchée et violente comme il faut (du coup, bravo à toi William !). Une bonne surprise pour ma part : j'y retournerai avec grand plaisir.

Child of Waste enchaîne peu de temps après et on se retrouve avec un Deathcore beaucoup plus basique. Beaucoup moins ma came même si c'était très bien exécuté et objectivement assez bon pour ceux qui aiment le genre. On aura le droit à un mini pit pour accueillir le groupe comme il se doit. Un moment sympathique, sans plus.

J'avais complètement raté Barabbas au Fall of Summer, n'étant arrivé que pour Putrid Offal. Séance de rattrapage moins d'un mois plus tard et si je n'avais pas tellement apprécié les quelques titres écoutés sur internet, j'ai pris mon pied sur leur Doom en live. Bien influencé par Candlemass, Cathedral ou Pentagram, Barabbas ose chanter en Français : si cela peut paraître hyper kitsch voire déstabilisant d'entendre du Doom dans la langue de molière, le groupe a enterré tout les préjugés sans soucis. Un son énorme, des riffs très très lourds (cette basse mais cette basse !) et des titres énormes comme "Judas est une femme", "Barabbas" ou encore "Le Sabbat dans la Cathédrale". Peu de monde présent pour eux, tant le public était majoritairement là pour les deux premiers groupes, mais Barabbas ne baisse pas les bras et propose un show complet et communicatif : le chanteur fait monter des femmes sur scène (pendant "Judas est une Femme", histoire d'être raccord), fait chanter le public à maintes reprises (le final sur "Le Sabbat dans la Cathédrale" avec le public qui chante toutes les paroles, le groupe leur ayant fourni les paroles et le micro !) ou s'amuse à baptiser le public avec de la bière. D'ailleurs, je n'ai jamais reçu autant de bière dans la gueule en un concert. Bref, un véritable show où l'on devait être... 20 ? Une leçon d'intégrité et de respect !

Une excellente soirée dont j'en attendais pas grand chose..Merci aux trois groupes pour leur participation, merci au gérant et aux barmans pour leur accueil chaleureux et pour avoir proposé une soirée à 5€.  See you soon !

Chab






Live-report : Raven (+ Furies) à la Maroquinerie

Nous avons été gâtés en ce mois de septembre en termes de Heavy Anglais : Satan et Angel Witch qui ont joué au Fall of Summer et Raven qui, après de longues années d'absences sur nos terres, se ramène à la Maroquinerie pour promouvoir son nouvel album "ExtermiNation".

Mais avant tout de chose, c'est un groupe Français qui ouvre les hostilités : Furies. Composé uniquement de filles, Furies propose un Heavy assez percutant, mené par une chanteuse à la voix puissante. 

Si l'écoute de leur titre sur le chaîne youtube ne m'avait pas du tout convaincu ("Bury"), leur prestation à la Maroquinerie m'a clairement plu. Tout d'abord grâce aux titres vraiment entraînants dont le tout dernier, "La Guerrière" chanté en Français, rappelant Sortilège ou encore la tubesque "Furies'Attack" (si ma mémoire ne me joue pas des tours) mais aussi grâce à la chanteuse montant avec aisance dans les aigus et entraînant le public, pourtant peu nombreux, à chanter avec elle. 

Notons également quelques reprises, plutôt bien exécutées, comme "Electric Eye" de Judas Priest, "Wild Side" de Motley Crüe ou encore "All We Are" de Warlock. Un show que l'on qualifiera de très bonne mise en bouche avant le plat de résistance qu'est Raven.

Raven fait office de groupe culte de la scène Heavy Anglaise. Pourtant, c'est devant une salle loin d'être complète que le groupe va distiller ses riffs puissants et ses refrains entêtants. Le soucis qu'il peut y avoir avec ce genre de groupe, c'est le "coup de vieux" que les membres pourraient avoir pris, que ce soit au niveau de la prestance ou tout simplement d'un point de vue technique et musical. 

Et pour Raven.. rien de tout cela ! Au contraire, le groupe est énergique au possible et les musiciens font clairement le taff. John et Mark Gallagher font le show de bout en bout, sautillant et courant partout tout en jouant avec brio les titres, plus cultes les uns que les autres, de Raven

La set-list fut excellente avec des titres comme "Hard Ride", "Rock Until You Drop", Live at the Inferno", "All for One" qui a été mon coup de cœur en live ou encore le final sur "Break the Chain" avec un gros medley rendant hommage à bon nombre de groupes. Le dernier album était également représenté dans la set-list avec l'excellente ouverture sur "Destroy All Monsters" ou "It's Not What You Got" au refrain fédérateur.

John possède toujours une très bonne voix avec une montée dans les aigus assez "kitch" (bien différente de sa voix en studio par ailleurs) me rappelant par moment King Diamond (un peu hein, on est pas non plus au niveau du King !) mais qui prouve que le monsieur n'a pas encore dit son dernier mot. 

Techniquement au point, on notera également a présence de deux solos de guitares et un solo de basse (rien que ça..). Alors déjà, j'ai de plus en plus de mal avec les solos, que ce soit guitare, basse ou batterie. En tant que spectateur, on a pas besoin de ça pour apprécier la technicité et le talent d'un artiste. Mais bon, un solo passe encore, deux c'est déjà trop mais alors trois, on frôle l'indigestion ! Le concert aurait gagné en fluidité sans ces solos qui, pour le coup, ont un peu refroidis le public. 

Au delà de ce petit défaut, la soirée fut excellente : public peu présent mais reprenant en chœurs les refrains, un groupe (même deux en comptant Furies !) bien en forme et un concert d'1h30 de pur Heavy Metal. On repart heureux et satisfait. Merci Raven !

Chab







mercredi 23 septembre 2015

Chronique : Deathroned - Fallen in Vain (2014 - Auto-production)


Un retour en 1985, ça vous tente ?

La scène dite du "Revival Thrash" (ce qui, musicalement, ne veut rien dire par ailleurs) est, depuis quelques années, en pleine effervescence. Bon nombre de ces groupes sont dans un registre assez moderne, où la bonne production est de mise avec un son bien net, loin finalement de l'âme des premiers Kreator, Sodom, Exodus ou encore Nuclear Assault

Soyons clair, je ne critique pas cette scène, loin s'en faut : des groupes comme Havok ou Suicidal Angels feront headbanguer n'importe quel fan de Thrash. Mais j'avoue apprécier les groupes qui, par choix ou par manque de moyen, restent dans une optique résolument old-school avec un son brouillon et où les petites maladresses donnent un effet très sincère à leurs productions.

Nous sommes typiquement dans ce cas là avec la première démo (et pour le moment l'unique) de Deathroned. Formé en 2012 en Ile de France, le groupe était initialement composé de quatre membres mais c'est en trio que Deathroned a sorti sa première démo "Fallen in Vain" sous forme de tape (old-school, je vous le disais !). 

Composé de 4 titres dont une reprise ("Tormentor", chanson culte de Kreator qu'on ne présente plus), Deathroned propose un Thrash incisif, sans temps mort et direct dans la gueule. Loin des productions modernes aseptisées au possible, la musique du trio reste ancrée dans les années 80, rappelant par exemple le fameux "Endless Pain" des Teutons, en particulier sur la chanson "Fallen in Vain" ou encore "Not in Their Eyes" (je vous préviens, le riff est addictif !). D'un autre côté, il y a également un côté plus direct, pour ne pas dire plus accessible, sur le titre "Deathroned" qui reste en tête après seulement une écoute. Certes, ce titre se veut assez "simple" mais est d'une efficacité redoutable, prenant une certaine ampleur en live. Notons également cette reprise de "Tormentor", plutôt bien exécutée, rappelant encore une fois les influences du groupe ainsi que les démos de l'époque.

La production possède une aura résolument old-school. Dans un sens, c'est appréciable, en particulier si l'on aime les premières démos de Kreator, Sodom ou encore des groupes comme Violent Force, d'un autre côté, cela dessert malheureusement la musique du groupe. En effet, si celle-ci donne un certain cachet à la musique de Deathroned, lui donnant un aspect honnête, rappelant les années 80, les enregistrements dans les caves où l'on trouvait bien plus de bières et de vestes à patchs que de matos et d'instruments, elle ne met cependant pas en valeur les compos du groupe. On sent qu'il y a des moments très intéressants mais ceux-ci nous laissent un goût amer dans la bouche tant on ne peut réellement apprécier chaque structure, chaque plan comme il se doit.

L'influence des années 80 est très présente dans la musique du trio, voire peut-être un peu trop. Alors, on apprécie, on headbangue, on prend son pied (et finalement, n'est-ce pas le plus important ?) mais on se dit que le groupe gagnerait à se démarquer, à oser des nouvelles choses, à s'inspirer certes mais à apporter une plus-value à sa musique déjà bien efficace.

La scène Française, en termes de Thrash, regorge de quelques pépites : Zoldier Noiz, Hexecutor, Perversifier.. et il manque si peu de choses à Deathroned pour se mettre au niveau de ces groupes. Une démo loin d'être exempt de défauts mais dotée d'une réelle sincérité et d'une énergie débordante. Verdict ? Vivement la suite !

Chab




samedi 19 septembre 2015

Live-report : un rendez-vous black metal immanquable à Grenoble


A Grenoble, ville dans laquelle je vis depuis maintenant 4 années, il y a plusieurs rendez-vous black metal dans l'année. Mais dans la plupart des cas, il s'agit de petits groupes dans de minuscules salles. Il y a cependant au moins UN grand événement black metal dans l'année. L'année dernière, au mois de novembre, il s'agissait de la venue des italiens de Forgotten Tomb, qui délivrèrent une bonne prestation, accompagnés des premières parties grenobloises Nocturnal Depression et Livets Angest, le premier de ces deux-là étant tout de même un groupe connu pour qui connait la scène black.

Et en effet nous retrouvons Nocturnal Depression en première partie de Shining et The Great Old Ones (ces deux groupes faisant une tournée commune en ce moment, comme vous pouvez le voir au-dessus) le 13 septembre 2015 dans la salle grenobloise La Bifurk. Le fait que cette soirée de concerts a été organisée dans cette salle est pour le moins étonnant, puisque habituellement il n'y a pas de concerts metal là-bas, le style de la maison étant plutôt pour tout ce qui est punk/ska/reggae/...
C'est donc une bonne nouvelle que cette salle se diversifie un peu plus.

Nocturnal Depression est un groupe respecté, jouant un black metal à la fois dépressif et très mélodique dans les riffs. Je ne connais pas par cœur leurs 7 albums, mais c'est agréable à écouter en studio et le nouvel album Spleen Black Metal me plaît bien. Par ailleurs, leur très bonne prestation en première partie de Forgotten Tomb l'année dernière m'a vite donné envie de les revoir.
Effectivement, Nocturnal Depression ça prend toute une dimension en live. Les morceaux sont déjà de base superbes, et en concert j'ai pu ressentir profondément l'atmosphère, les mélodies de guitare, la lourdeur de la basse, les blast-beats du batteur dans les moments rapides, ainsi que la beauté et la mélancolie des passages plus calmes.
De plus, malgré le côté dépressif de leur musique, le groupe était très heureux d'être là, d'autant plus que la salle n'était pas du tout vide. Et je suppose que ça fait toujours plaisir de revenir jouer à domicile lorsque l'on est en tournée dans plusieurs pays (en effet, leur concert de la veille avait lieu à Rome). Il faut préciser que le public était d'ailleurs réceptif et a chaleureusement acclamé le groupe.
Tous les morceaux ont fait leur petit effet, que ce soit le très beau "L'Isolement" issu du dernier opus ou le prenant "Dead Children", qui est devenu un classique.
Mais il nous faut accepter que le groupe ne joue pas 3 plombes, puisque deux autres groupes très intenses sont prévus.



Le groupe bordelais The Great Old Ones a beau être récent (formé en 2009) et n'avoir sorti que deux albums, le groupe a tout de même su se faire une belle place dans le milieu du metal extrême français, car vite acclamé par la critique. Il faut dire que les deux opus sont effectivement de qualité et que le style proposé est plutôt populaire aujourd'hui (dans un genre proche, Regarde Les Hommes Tomber vit une ascension similaire), à savoir une sorte de "post-black metal", terme qui ne me satisfait pas beaucoup, car décrivant de manière très limitée les influences et l'atmosphère de leur musique, qui s'enrichit d'éléments doom et sludge notamment.
Que nous proposent donc les 5 bordelais ce soir? Eh bien ils auront la même configuration que sur leurs albums, avec rien de moins que 3 guitaristes en plus du bassiste et du batteur. Par ailleurs, 2 des guitaristes alterneront le chant.
TGOO, fidèle à ce que j'en attendais, délivra un show lourd, à l'atmosphère sombre et prenante. Visuellement, il n'y a pas tromperie sur la marchandise, ne pas voir que Lovecraft est leur source d'inspiration première serait avoir de sérieux problèmes de vue puisque le portrait de cet auteur est affiché en très grand en arrière-plan et qu'une sculpture toute mignonne de Chthulu est installée au devant de la scène.
Le quintet débute avec l'intro du dernier album, puis enchaîne avec le premier morceau de celui-ci, à savoir le majestueux "Antarctica". On assistera ensuite à "Visions of R'lyeh" du premier opus qui sut également aisément convaincre le public, avant de revenir au plus récent "The Elder Things". Le concert enchaînera avec un nouveau morceau, qui m'a personnellement satisfait et s'inséra particulièrement bien au sein de cette set-list avec cohérence. Tout se termine avec "Al Azif", titre éponyme de la première offrande du groupe. Nous finissons de suffoquer mais on en aurait aimé plus, c'était évidemment bien trop court...



Place maintenant à Shining, la bande à Niklas Kvarforth, qui s'est sûrement ramenée à Grenoble avec plaisir, vu que la date est organisée par Metallian Productions, organisation très proche de Niklas. Celui-ci est effectivement bien pote avec l'équipe : il a écrit plusieurs chroniques pour Metallian et était ZE invité du "vernissage" de la boutique Metallian Store de Grenoble.
Le fait que TGOO fasse une tournée commune avec Shining a sûrement fait froncer des sourcils, pourtant j'ai tout de suite trouvé cela cohérent, vu l'évolution du style de Shining en une sorte de black metal progrockisant.
Shining dispose d'un certain nombre de fans dans la salle, car on voit tout de suite que le groupe est en terrain conquis. Le public ne cache pas son bonheur.
Si le début du premier morceau m'a moyennement convaincu au niveau du son, les ingé-sons ont su rapidement se rattraper.
Le groupe débuta en fait par 3 morceaux du nouvel album en date, avant de jouer quelques classiques, et notamment la reprise "Ohm" de Seigmen, pleine d'intensité. La voix parfois très folle (tantôt hurlée, tantôt claire ou chuchotée, et parfois des cris de taré) de Niklas passe bien le cap du live, et les musiciens sont d'une efficacité sans faille. L'ambiance dans le public est très sympathique, et sur les derniers titres joués, il se déchaîna avec un joli pit. C'est rare d'en voir sur du black metal. Enfin, black metal...faut le dire vite. Ce serait oublier les diverses influences qui ponctuent la musique de Shining. En effet, il y a des passages beaucoup plus rock, à la limite du blues et du prog, avec des soli de guitare très beaux et ne provoquant absolument pas d'incohérence à mes yeux (ou plutôt à mes oreilles).
Si je venais surtout pour les deux premières parties, la prestation du charismatique Niklas et de ses acolytes m'a convaincu que Shining était également un groupe "live" qui ne fait pas que "faire le boulot" mais proposant réellement une expérience qu'on n'oubliera pas, à la fois professionnelle et délirante. Je reprocherai cependant la courte durée du set...



Conclusion, une soirée intense dont je me souviendrai. Merci aux groupes, à Metallian Productions et au public pour s'être déplacé acclamer ces trois combos talentueux.

Hépha

vendredi 18 septembre 2015

Chronique : C R O W N - Natron (2015 - Candlelight Records)


Martial, puissant, envoûtant...

Si je devais choisir un groupe qui m'a réellement mis une claque dernièrement, je choisirai sans hésiter C R O W N. Découvert en ouverture d'un concert d'Agalloch sur Paris, C R O W N m'avait agréablement surpris, proposant un show froid mais envoûtant, puissant, martial...

Peu de temps après, je me mis à écouter leur album "Natron", à la cover sobre, épurée mais plutôt jolie. Que dire de ces frenchies qui se qualifient de "Industrial Sludge Doom Drone Electro Psyche Progressive Music" et qui désignent comme influences des groupes de la facture de Black Sabbath, Neurosis, Sunn O))) ou encore Godflesh ? Mélange ô combien indigeste ou coup de maître réussi ?

Sans forcément être un adepte des mélanges de tout et n'importe quoi, je dois avouer que ce "Natron" a éveillé en moi une certaine curiosité qui s'est vite décuplée et changée en addiction pure et dure à la musique de ce trio bien de chez nous. Composé de 3 guitaristes et d'une machine (selon leurs dires), le groupe propose un savoureux mélange de rythmiques bien lourdes, de batterie programmée aux allures martiales et d'un doublon de voix claire/criarde assez jouissif.

Le côté martial évoqué quelques lignes au dessus se ressent dans cette batterie (programmée donc aucun réel batteur dans la formation) très brute, rappelant les marches rythmées des militaires, amenant un côté un peu industriel à la musique de C R O W N, en particulier sur des titres comme "Serpents" qui ouvre formidablement bien l'album ou encore "Aprea" où la voix posée mais très sombre viendra embellir le morceau de la plus belle des manières (rappelant un petit peu Tryptikon sur la chanson "Shatter"). Les trois guitaristes ne se démarquent pas forcément les uns des autres (les lignes de guitares doivent être sensiblement les mêmes, à quelques exceptions) mais permettent d’alourdir la musique, de la rendre plus compacte afin de la marier aisément avec la batterie.

Si le début de l'album amène un schéma de construction de morceaux assez simple (assez flagrant sur les deux premiers titres), c'est à dire une variation constante entre partie lourde et violente d'une part et partie plus douce de l'autre, la suite de l'album propose quelques variations très intéressantes et rafraichissantes. "Fossils", par exemple, s'ouvrant sur une intro électronique, propose un moment de douceur pure et dure, avec une voix envoutante rappelant un peu Wovenhand dans une certaine mesure ou encore "Flames" qui termine l'album de la plus belle des façons, avec un côté Neo-Folk loin d'être déplaisant.

La voix plus criarde, plus violente est également impressionnante : elle prend aux tripes, on ressent une conviction, une certaine haine mais aussi une certaine douleur dans celle-ci. Les parties plus sombres de l'album n'en deviennent que plus pertinentes et accrocheuses, en particulier sur "Wings Beating Over Heaven" qui, suite à une partie acoustique magnifique, se finira sur un déluge de blast où se greffe une voix déchirante, typiquement Black dans l'âme.

L'album est, d'une certaine manière, assez homogène et, paradoxalement, assez varié pour ne pas que l'ennui apparaisse lors de l'écoute de celui-ci. 49 minutes de plaisir auditif qui prouve que la France n'est pas représentée que par des groupes lambda, conformistes au possible à l'instar de.. non je ne le dirai pas, à vous de chercher. A écouter sans modération ! 

Chab